L’Ontario rétablit discrètement le programme 2015 d’éducation sexuelle – plus ou moins

Posted on mars, 20 2019 by Action Canada

Les personnes qui ont milité devraient être fières, cette semaine. L’annonce faite vendredi par la ministre de l’Éducation de l’Ontario Lisa Thompson, affirmant que son gouvernement n’exclura pas du programme ontarien d’éducation à la sexualité des leçons cruciales sur la sexualité LGBTQ+, le consentement et la littératie concernant les médias sociaux, prouve que le raz-de-marée de protestations du public en faveur de l’éducation sexuelle porte ses fruits. Il est devenu impossible de passer outre à la majorité écrasante de parents, d’enseignant-es et de jeunes qui s’est levée pour faire valoir l’importance de l’éducation sexuelle. C’est une victoire pour l’éducation sexuelle. Mais ce que le gouvernement a annoncé est un compromis entre ce qu’il souhaite et ce que les parents, enseignant-es et élèves demandent.

Le plan de l’Ontario en ce qui concerne le programme d’éducation sexuelle échoue encore à respecter les droits des enfants et à répondre à leurs besoins. Nous devons continuer de faire preuve de vigilance.

Le nouveau programme ontarien pour l’éducation sexuelle demeurera un recul par rapport au point où nous étions arrivés en 2015. La ministre a affirmé que le programme retardera jusqu’à la huitième année l’enseignement sur l’identité et l’expression de genre, ce qui représente l’extrême auquel le gouvernement pouvait le repousser dans le cadre de l’enseignement au primaire. Ces compromis, qui peuvent sembler légers, ont de sérieuses implications pour les élèves et leurs familles, et en particulier pour les jeunes LGBTQ+ et les leurs. Ce n’est pas le temps d’enlever le pied de l’accélérateur. C’est le temps de constater que les protestations fonctionnent et que nous devrions continuer de faire pression jusqu’à ce qu’aucun enfant ne soit laissé de côté.

Premièrement, en guise de contexte : selon des expert-es des Nations Unies, et au regard des Principes directeurs internationaux sur l’éducation à la sexualité, publiés en 2018 par l’UNESCO, aucun programme d’enseignement au Canada ne satisfait aux normes d’une éducation sexuelle de la plus grande qualité. Presqu’aucun enfant, au Canada, ne reçoit l’éducation complète qu’il devrait recevoir afin de vivre une vie épanouie et saine. Pour les rares enfants qui ont cette chance, c’est grâce à un soutien exceptionnel, généralement offert par des expert-es en santé sexuelle qui se sont donné pour mission de rehausser la capacité, dans les écoles ou directement auprès des enfants. Mais c’est l’exception, et non la règle.

La situation actuelle de l’éducation sexuelle au Canada, par son manque d’uniformité et son caractère épars, n’est rien de moins qu’une violation des droits de la personne. C’est pourquoi une récente lettre signée par un large groupe d’expert-es des Nations Unies en matière de droits de la personne, à l’intention du premier ministre Justin Trudeau, demande au Canada d’intervenir immédiatement pour faire en sorte que les jeunes, dans toutes les régions du Canada, aient un accès égal à une éducation sexuelle de qualité. C’est également la raison pour laquelle Action Canada pour la santé et les droits sexuels fait campagne pour une meilleure éducation sexuelle à l’échelle du Canada.

Les manigances politiques qui mettent en jeu la santé des enfants sont une chose dangereuse, de la part de tout gouvernement. Heureusement, le public a démontré qu’il n’a aucunement l’intention de permettre qu’on sacrifie le bien-être des enfants au nom de craintes injustifiées et fondées sur la misogynie, l’homophobie et la transphobie.

Nous devrions ressentir de la fierté, du fait que les parents, enseignant-es et jeunes personnes ont réussi à contrer ce qui aurait pu être un désastre monumental. Mais nous devrions demeurer profondément préoccupé-es que le nouveau programme ne répondra toujours pas aux besoins de nos enfants.

Le fait que l’enseignement aux enfants n’inclura pas l’identité de genre avant la huitième année n’a peut-être pas l’air d’un grand problème, mais cela aura un impact négatif énorme. L’hypothèse selon laquelle l’inclusion de la diversité de genre dans les discussions en classe ne serait pas « appropriée à l’âge » est carrément erronée, en plus d’être dangereusement stigmatisante. La plupart des enfants développent un sens de leur identité de genre entre l’âge de deux à cinq ans. Comment un enfant devrait-il se sentir lorsque des gens lui disent qu’il n’est pas « approprié » qu’il exprime ses pensées, ses sentiments et, de fait, son être entier? Pour les enfants qui sont de genres diversifiés ou créatifs, savoir qu’il existe une diversité de genres et d’expressions du genre, et que cela est normal, aura de réelles conséquences sur leur santé mentale et physique. Cela n’est pas matière à politique – il s’agit de vraies personnes et de vraies vies.

Tous les enfants ont besoin d’éducation sur l’identité de genre. Les rôles de genre qui conditionnent les garçons à être durs et non émotifs, et les filles à être soumises et à plaire, ont de sérieuses conséquences également. Ces messages, omniprésents dans la société et les médias, doivent être gérés activement au moyen d’une éducation à la sexualité qui soit sensible et inclusive à l’égard du genre, appropriée à l’âge, et débutant dès la maternelle.

La diversité et l’expression de genre constituent un aspect inséparable de l’information sur la santé sexuelle que toutes les jeunes personnes ont besoin de recevoir dès un jeune âge. Tout enfant a les droits humains fondamentaux à l’éducation et à la protection contre la discrimination, car ce sont des éléments vitaux pour sa santé et son bien-être en général, et pour créer une société saine et sûre.

Tous les gouvernements, au Canada, ont l’obligation d’agir pour la réalisation de ces droits, pour toutes les personnes, au meilleur de la capacité de chacune. La décision de l’Ontario de retarder les leçons sur la diversité et l’expression du genre jusqu’à la huitième année a de sérieuses implications pour la santé – et constitue une violation des lois sur les droits humains de l’Ontario et du Canada.

Les parents, les enseignant-es et les jeunes l’ont affirmé clairement une fois de plus : ils et elles veulent que les enfants et les jeunes reçoivent l’information qu’il leur faut pour vivre une vie en santé. Combien de temps encore, avant que l’Ontario et le reste du pays répondent réellement à ce besoin? Ça suffit, les manœuvres politiques – les vies des enfants sont en jeu.

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